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La Grande Peur à Pontacq

dernière mise à jour: 3 mars 2010

La Révolution de 1789


L’an 1789, et le mois de janvier, il a fait des froids extraordinaires ; l’eau des bénitiers a été glacée comme le marbre par deux fois ; les pots de chambre sous les lits ; même le vin dans les barils.
Cette même année il n’y a eu que révoltes par tous les endroits de la France ; la populace s’est rendue au-dessus de la justice ; elle faisait les lois qui lui semblait. Le froment s’est vendu le mois de mai, juin, juillet, à 9 livres, jusqu’à 10 la mesure ; et le millocq à 8 livres. Depuis que le froment a été ramassé, il s’est vendu 4 à 5 livres et le millocq de 6 à 7 la mesure. Il y a eu beaucoup de famille cette année qui ont souffert de la faim. . .
Ainsi s’exprime, sur le début de la Révolution, le « Livre de la Raison », ou relevé des faits mémorables d’un habitant d’Asson. Du fond de sa campagne béarnaise, cet observateur terre à terre et de vue directe, quoique limité, note dès l’abord ce que les historiens découvrent de plus en plus sous l’agitation de la rue, des sociétés, des assemblées ; l’inquiétude économique. Certes, parmi les moments de l’histoire, la Révolution est par excellence un combat de doctrines.
Cependant ici, comme en d’autres époques graves, les intérêts se mêlent puissamment aux idées. Et pour une importante partie du peuple, la dureté du temps, venue de la nature, renforcée par les hommes, c’est souvent les spectre de la famine qui hante l’arrière-fond de la scène révolutionnaire (1).

Une Crise Nationale de 1788 à 1789 :

Les premiers incidents éclatèrent en août 1788 à Pontacq. Les Jurats durent intervenir pour «qu’aucun particulier ne pu lever sa dernière récolte de gros millet qu’après l’entière perfection et maturité». A Pontacq les Jurats faisaient appel aux états pour obtenir 15 sacs de froment. La province les adressaient aux magasins de Bigorre qui étaient alors épuisés, « ce pour le soulagement des pauvres » la municipalité cherchait désespérément à emprunter ; à Pontacq, les revenus de l’Hôtel de Ville et ceux de l’Hôpital étaient depuis longtemps épuisés et l’aliénation de ceux de la fabrique rapporta à peine 1600 livres. Très lourdement endettées, les Municipalités étaient toutes au bord de la banqueroute ; les Etats de Béarn se trouvaient eux-mêmes dans une situation comparable.

En juillet 1789, l’annonce d’une bonne récolte rassure l’opinion et les autorités purent dresser un bilan de leur activité. Les commissaires des Etats imputaient la crise à l’agitation populaire qui avait empêché les magasins de vendre à un cours proche du « cour ordinaire du marché ». Pour prévenir les disettes il aurait fallu selon eux réaliser des importations massives, s’aligner sur les cours du marché libre, enfin veiller à ce que tout « soit exécuté sans troubles ».

En accusant l’émeute, les commissaires portaient le débat sur un nouveau terrain : celui de la politique. D’une manière générale le signal de la fin de la crise des subsistances a été celui de la grande peur. A Pontacq l’annonce d’une armée d’incendiaires venus de la Bigorre le 6 août entraîna la formation d’une milice bourgeoise ; le 7 août la plupart des communautés du Béarn faisaient de même. Les systèmes électoraux de l’Ancien Régime favorisaient les abus en multipliant les cabales et coteries ; dans les vallées, les syndics utilisaient souvent leur pouvoir pour se faire attribuer, à eux et à leurs amis, les meilleurs pacages. Barbanègre maire de Pontacq et négociant en draps et en chevaux imposait ses propres marchandises à ses concitoyens (2).

Un Pontacquais à la prise de la Bastille :

Nos députés aux Etats-Généraux sont arrivés à destination après la première bataille, sans doute après le 14 juillet. Il y avait eu cependant un jeune Béarnais (35 ans) et de marque, parmi les assaillants de la Bastille : Joseph Souberbielle, fils d’un régent de Pontacq, médecin à Paris. « Lorsque la grande porte fut forcée, écrit-il, « je faisais partie du groupe qui se précipita à l’intérieur. » L’Assemblée nationale lui donnera le titre d’honneur de « Chirurgien-major des vainqueurs de la Bastille ». Il fera une brillante carrière pendant la Révolution et l’Empire. Et toute sa vie il gardera précieusement le souvenir de cette journée sous la forme d’un moellon de la forteresse, enchâssé dans une caisse d’acajou, avec un petit drapeau tricolore et un bonnet phrygien ; un moellon de cette forteresse dont la démolition joyeuse, commencée sans délai, a été décrite de main de maître par Chateaubriand (3) (voir les Cahiers du Patrimoine en Ribère-Ousse n° 2).

L’épisode de la grande peur :

L’épisode de la grande peur qui troubla nos campagnes, et dont on ne sait encore au juste ni l’origine ni la marche dans nos campagnes, a touché notre coin de Béarn, c’était le 6 août 1789, ci-dessous on retrouve un extrait des registres de délibération du 7 août 1789.

Assemblée générale extraordinaire de toute la ville où se sont trouvés le sieur de Barbanègre Tourriulou, maire, Naude, Fouchou, Peyrus et d’autres jurats ainsi que les habitants. Le sieur de Barbanégre à dit que le jour d’hier il reçut de la part de messieurs les consuls d’Ibos et d’Ossun la lettre alarmante ci après :

Ossun le 6 août 1789. Messieurs, nous venons de recevoir une lettre de la part des consuls d’Ibos qui nous mande que cette nuit dernière la moitié de Vic et de Maubourguet ont été incendié et l’on présume que les incendieurs se sont peut être réfugiés dans les bois voisins. Il serait à propos que vous convoquassiez l’assemble pour tâcher de découvrir les malfaiteurs et pour s’unir à nos gens dans notre bois. Supplément en marge de la lettre: ayez la bonté d’avertir vos voisins. Le maire se rendit à l’hostel de ville et il ordonna au sonneur des clochers de sonner le tocsin extraordinairement pour assembler tous les habitants, ce qui fut exécuté, et dans le moment toute la ville se trouva assemblée au présent hostel de ville et d’après les mesures qui furent prises avec tous les citoyens pour la conservation de la sûreté publique, ledit sieur proposant fut chargé de prévenir toutes les villes et communautés du voisinage des nouvelles alarmantes que nous avions reçues, de se tenir sur les gardes et s’il était nécessaire de se réunir à nous offrant d’en faire de même en pareil cas et comme tous les habitants devaient se mettre sous les armes et la ville se trouvant totalement dépourvue de toute espèce de moyens de défense. Le dit sieur maire fut d’avis d’envoyer sur-le-champ un message à Pau et un autre à Lourdes en prenant la sorte s’il était besoin pour aller chercher la poudre et les balles nécessaires dans cette circonstance et comme le  moment était des plus dangereux, il ne fut pas possible de nous occuper des formes et règles pour les dépenses à faire mais que l’arrêté qui va suivre en tiendra lieu.

Au surplus, le dit sieur proposant trouverait à propos si la communauté le jugeait convenable vu les circonstances et pour prévenir toute surprise, tant de la part des brigands étrangers que des habitants mal intentionnés, qu’elle se format en corps de milice bourgeoise pour la sûreté et le soutien de la police et du bon ordre, sous le bon plaisir du roi et pour opérer cette dernière proposition et pour que tout se fasse dans l’ordre et dans l’harmonie. Que les habitants choisissent parmi leurs bons serviteurs et citoyens des personnes dignes de leur confiance, capable de les conduire.

En conséquence, toute la ville ici assemblée prenant en considération les circonstances, la détermination de se former en corps de milice bourgeoise sous la communauté à compter de ce jour et se formera en corps de milice sous le bon plaisir du roi et les habitants choisiront des citoyens capables de les bien conduire pour la sûreté publique, le soutien de la police et du bon ordre et toutes ces dépenses seront prises des revenus commun (4).

Source :

1) De la France au Béarn et Pays Basque Tome II de A. Etchart (page 12).

2) Glanages divers, N. Paradis-Cami.

3) Idem (page 40).

4) AM de la ville de Pontacq, délib. Du 7août 1789.

ΞΞΞ

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